L’abus ne commence pas par un coup. Il commence par une culture.

Personne ne se retrouverait piégé dans une relation abusive si l’abuseur montrait son vrai visage dès le premier jour.
Mais voilà : la violence, la domination, la manipulation… ne sont pas toujours des monstres visibles. Parfois, ce sont des comportements applaudis, normalisés, même enseignés.

L’abus ne naît pas du hasard. Il s’enracine dans une culture où on confond désir et possession, amour et contrôle, attachement et dépendance.
Il prend racine dans nos séries, nos chansons, nos modèles familiaux.
Dans cette idée qu’aimer, c’est souffrir un peu. Que la passion doit brûler. Que la jalousie prouve l’intérêt. Que la fusion, c’est le graal.

Alors forcément, quand l’abus commence, il ne fait pas peur. Il ressemble à ce qu’on nous a appris à appeler « amour ».
Il s’habille de charme, de soin, d’intensité.
Et pendant que l’un se sent enfin vu, enfin choisi, l’autre installe subtilement un système de contrôle.

Ce que peu de gens disent, c’est que la personne qui abuse n’agit pas toujours en pleine conscience.
Elle reproduit souvent une logique apprise : celle où le pouvoir garantit la sécurité, où l’autre devient une extension de soi, où l’on contrôle pour ne pas être quitté.

Et c’est là que la boucle se ferme : celle/celui qui a appris à se taire rencontre celle/celui qui a appris à dominer.
Deux blessures complémentaires, sur un fond culturel qui romantise la souffrance et travestit la violence en intensité émotionnelle.

On croit que l’abus, c’est une affaire individuelle.
Mais l’abus est aussi un héritage collectif.

Une façon d’aimer transmise de génération en génération, dans le silence et la confusion.
Une croyance profonde : « si l’autre m’aime, il/elle finira par changer ».
Et c’est cette croyance, souvent la plus belle part de nous (celle qui espère, celle qui veut sauver, celle qui comprend) qui devient la faille exploitée.

Alors non, ce n’est pas une question de faiblesse.
Ce n’est pas un manque de discernement.
C’est une tragédie humaine : celle d’un amour conditionné à la douleur, d’une loyauté qui espère réparer au lieu de fuir.

Ce que je veux te dire, c’est que voir l’abus, c’est désapprendre la version toxique de l’amour qu’on nous a vendue.
C’est comprendre que l’intensité n’est pas synonyme de profondeur.
Que la fusion n’est pas la sécurité.
Et que l’amour, le vrai, ne demande jamais que tu t’effaces.

Aujourd’hui, ton petit plaisir, c’est ça :

Te redonner le droit de croire à un amour doux, stable, lucide.


Un amour où tu n’as pas besoin de marcher sur des œufs, ni de décoder le silence.
Un amour qui n’a pas besoin de s’imposer pour exister.

Et si tu as déjà connu l’autre forme (celle qui blesse, celle qui enchaîne) rappelle-toi : tu n’étais pas naïf(ve).
Tu étais simplement humain(e).
Et tu mérites mieux que ce qu’on t’a appris à tolérer.

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Comment réapprendre la fierté.